Portrait d’expat : Martin aka DJ Just Chill

Portrait d’expat : Martin aka DJ Just Chill

JustChill

Oh well. Quand on lit ou regarde des portraits de Français à New York, c’est souvent pour mettre en lumière des traders, des grands chefs, ou des fashion designers. Voilà les trois domaines dans lesquels les Français officient à New York à en croire nos écrans et nos magazines : cash, food, fashion. Mais non ! La ville concentre plus de huit millions d’habitants. Parmi eux, 15 000 sont Français (Census 2013). Loin des podiums, des boulangeries et de la bourse, certains se sont frayés un chemin bien différent. Ils sont venus à New York pour réussir, bercés par un beat qui leur trottait dans la tête depuis l’adolescence. Bercés par un beat hip hop. On est pas mal dans ce cas, et à l’époque, souvenez-vous, je vous avais raconté les histoires de certains de ces cool kids, Corentin, Armen, Diesel, Layla, Lolo, Rudy et Fred. Et bien j’aimerais ajouter celui de Martin, aka DJ Just Chill, aka hustler en costard, aka entrepreneur 3D. Itinéraire d’une love story en deux mi-temps avec NYC.

Martin débarque à New York fin août 2008, pour un stage de fin d’études d’un an en e-commerce chez Air France. Quelques jours après, crack boursier, phase 2 de la crise des subprimes, pays en alerte. Martin n’y voit que du feu, bien trop obnubilé par sa routine new-yorkaise, digne de ses plus beaux rêves de jeunesse. Il descend midtown en métro, habillé en costard tous les jours, sert des mains poliment avec un sourire bien lisse et s’occupe de mettre en place les outils digitaux d’Air France US. Il habite avec sa copine à Spanish Harlem, dans un appart trouvé sur Craigslist quelques jours avant leur arrivée. Ils ont 23 ans et une certitude : l’American Dream est au bout du chemin.

Martin, en bon fan de hip hop, se rend à quelques soirées, et bien vite, le voilà qui regrette de ne pas avoir apporté ses platines… C’est qu’avant de venir à NYC, à Toulouse, sa ville natale, il organisait des événements et y mixait occasionnellement. « Mais bon, c’était pas tellement l’endroit pour ça. Les mecs qui tenaient les bars au centre ville à cette époque, ils n’étaient pas trop fan de hip hop… » C’est là que Craigslist vient à nouveau à sa rescousse. Il y dégotte des platines d’occasion, et va les chercher à ce qui lui semble être le bout du monde : Coney Island à Brooklyn. « Dis-toi que depuis Harlem, j’ai passé deux heures dans le métro ! J’ai trop galéré pour les ramener ! » Le site lui permet aussi de dégoter des petits gigs de DJ dans des bars un peu obscurs, notamment un open turntable à Five Spot sur Myrtle avenue, à Brooklyn. Tous les mardis soirs, son Serato dans le sac, Martin patiente trois heures dans ce pub pour y jouer 30 minutes. « Ça peut paraître dingue, mais quand je mixais devant ces dix personnes, j’étais le plus heureux du monde ! »

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Justchill @ Five Spot, BK

Un soir, il est approché par un gars qui organise des open mic urbains au 507 Bar and Grill à Williamsburg. Il lui propose alors de devenir le DJ de l’événement, The Homegrown Project, tous les dimanches soirs. « Je faisais l’intro, l’outro, et je passais les instru des rappeurs qui venaient poser. Ça m’a vraiment fait kiffer. D’ailleurs, je suis devenu le DJ d’un des rappeurs de l’open mic. Rien de bien fou mais un soir, on a quand même fait un set dans une boîte, Crime Scene Lounge, pour la sortie de son EP. Un show de 30 minutes. C’était assez cool, j’avais tout préparé. Finalement, je me suis retrouvé à mixer toute la soirée et les gens se sont éclatés ! ». A la fin de son set, le manager du lounge propose à Martin, aka DJ Just Chill, de revenir mixer le vendredi suivant. Et le suivant. Et le suivant. Martin décroche la résidence. Ses vendredis soirs, de 22 à 4H, il les passe au Crime Scene sur Bowery, ses dimanches soirs, au 507 à Williamsburg, et ses samedis soirs vont aussi être bookés, puisqu’il est contacté par un promoteur qui lui propose la résidence de la salle hip hop de Rebel NYC. « C’est clairement pas le haut du panier qui allait là-bas, mais c’était une grosse machine en plein Chelsea avec quatre salles, des techniciens, du bon matos et pas mal de personnel. Dans ma salle, je passais ce que je voulais. Biggie, Jay Z, Nas, mais aussi Wayne, Ne-Yo, Usher… Ils étaient à la mode à ce moment-là. »

Martin vit de jour du lundi au vendredi, et de nuit, du vendredi au lundi. Un rythme éreintant, oui, mais il est sur un nuage. Et bénéfice notable, le DJing arrondit clairement ses fins de mois, ce qui lui rend la vie new-yorkaise encore plus appréciable. « Y avait des hauts et des bas. Parce que c’est aussi bien relou de rester six heures debout sans parler à personne tout le week-end, mais j’en garde vraiment un bon souvenir. C’était incroyable. La belle époque. » Ces gigs de DJ lui permettent de jouer dans des salles comme le Nokia Theater à Times Square ou encore d’ouvrir pour Dead Prez. Un rêve de gosse quoi. Côté Air France, l’année passe vite et le stage se termine tranquillement, même si Martin souligne que le crash Rio / Paris, qui a eu lieu un peu avant la fin de sa mission, a été très difficile et triste à vivre de l’intérieur.

Son stage de fin d’études validé et son diplôme de Grande École en poche, la destinée amène Martin à taper à la porte de mon bureau (à l’époque, à Jersey City, dans les locaux de la radio Z100). Il a encore quatre mois à passer à New York, en attendant la fin du stage de sa chérie, fin décembre. Certes, ses week-ends sont overbookés mais ses semaines sont plutôt calmes. Ça tombe bien, je cherche un assistant digital pour me donner un coup de main sur le développement des réseaux sociaux de TRACE US et sa candidature est plus que convaincante. Il arrive donc à l’entretien en costard-cravate. Et quand il me dit qu’il est DJ hip hop le week-end, évidement, je suis sceptique. Pourtant, Martin est un hip hop head de fou et un geek en or. #PerfectMatch. Les mois qui suivent sont parfaits. Martin est le collègue le plus parfait. Parfait. Parfait. En plus du digital, il m’accompagne sur tous mes tournages et je l’emmène au plus de concerts possibles, dont celui de 50 Cent, dans une toute petite salle en mode VIP. Mémorable. Et puis Google le débauche. Son dream job. Fin décembre, il plie bagage et commence une nouvelle vie à Dublin, chez le géant des techs, sachant très bien que son aventure avec New York n’est pas terminée…

Brillant comme il est, il revient dans la Big Apple par la grande porte. Exit le salaire de stagiaire, le voilà muté par Google en 2012 au bureau d’NYC. Une promotion obtenue en deux ans, ce qui est suffisamment rare pour le souligner. Il devient manager e-commerce de la dernière acquisition Google : Zagat. Cette fois-ci, il s’installe à Williamsburg, idéalement situé pour se rendre dans les bureaux du Meatpacking en un coup de L train. Au sein de la matrice Google, Martin vit la Part.2 de son American Dream. Mais il ne reprend pas les platines. Cette fois-ci, place à un autre hobby : la moto. Il décroche son permis sur place et s’achète une motocross, qui va devenir sa meilleure alliée pour la découverte de Brooklyn. « C’est vraiment les motos que tu vois dans les clips de hip hop, en mode Ruff Ryders, DMX. J’ai roulé à travers des paysages urbains de dingue, c’était trop beau. J’allais souvent me balader, même le soir après le travail. Il y avait pas mal de gangs de motards, des bikers un peu ghetto à Brooklyn et dans le Queens, du coup je me faisais tout le temps contrôler par la police, mais je m’en foutais, j’ai découvert une autre facette de New York sur ma moto. » IMG-20140521-WA0027

Martin mange dehors tous les soirs, il peut enfin boire des verres sans regarder le prix de l’addition au Tender Trap et au Flat, deux de ses bars / clubs préférés de South Williamsburg, et il croque la vie de jeune actif Brooklynte à pleines dents. C’est aussi à cette période qu’il se met à travailler sur un projet qui occupe quasi tous ses week-ends. Avec son meilleur ami, ils réalisent une étude qui leur confirme que l’impression 3D sera un marché ultra porteur d’ici 2018. Ils veulent leur part du gâteau et lancent un site comparateur d’imprimantes 3D : Aniwaa. Le nom de leur marque vient du mot haniwa, qui au Japon, représentaient des figurines funéraires en terre cuite, destinées à être enterrées avec les défunts. Ces figurines étaient fabriquées selon une technique qui consistait à empiler des rouleaux de terre cuite les uns sur les autres, pour construire la statuette par strates. Ce principe d’empilement de couches de matière est similaire à celui utilisé en impression 3D. Le mot “haniwa” leur plait, mais comme le domaine haniwa.com est déjà pris, ils le modifient pour Aniwaa. The rest is history. Littéralement.

Aujourd’hui, Martin et son meilleur ami travaillent à temps plein sur Aniwaa. Le site en est déjà à sa V2, il est dispo en français et en anglais, et ils ont reçu pas mal de presse pour en souligner la pertinence. Ils ont monté leur boîte en Asie, et y vivent, tranquillou. Pierre-Antoine est à Tokyo, au Japon ; et Martin, à Phnom Penh, au Cambodge. Il y a suivi sa chérie qui y a décroché un job. « A vrai dire, c’est un pays idéal pour faire appel à des freelances et des techos qualifiés pas trop chers. Et la vie y est plutôt douce. » Après 18 mois à New York chez Google, Martin a eu envie d’aller voir ailleurs, de voler de ses propres ailes. La matrice, ça a du bon, surtout quand on en sort. Désormais, sa vie est en Asie, et elle a une saveur bien différente, rythmée par des journées de travail intense depuis l’incubateur de start-up de Phnom Penh dans lequel il a ses bureaux. Il suit aussi des cours de boxe thaï, passe ses week-ends à la mer sur des îles paradisiaques, et évidemment, mixe dans son salon les derniers hits de Drake et Tory Lanez. DJ Just Chill n’a pas rendu les armes, mais n’a plus vocation à faire danser le monde. Après tout, il a déjà fait danser New York. Ça revient au même non ?

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