Deux vies…

Deux vies…

paris

Chers tous,
Ça fait longtemps que je veux prendre la plume. Prendre de vos nouvelles. Vous dire Hello comme Adèle. Mais la vie et ses aléas ont eu raison de mon temps. Conséquence, je ne vous ai même pas raconté mes dernières aventures new-yorkaises. Brooklyn Height, Harlem, Williamsburg, bla bla bla. Et puis, tout a changé. Évidement, je ne parle pas des Stan Smith qui se reproduisent par millier sur les pieds des Parisiens sans chaussette, encore plus facilement repérables dans les rues de Soho ; ni même des mecs de cité qui se raidissent les cheveux avec les plaques de leurs sœurs. Non. Je parle bien de ce que nous vomit la télé, la radio, les journaux, les internets. De ce qui rassemble tous ces experts ès-djihadisme devant Bruce Toussaint le matin. De cette blessure si profonde qu’on va mettre longtemps avant de guérir… Je suis souvent sur la route, vous le savez. Je n’étais pas à Paris vendredi soir. Je n’ai pas crié en entendant les tirs. Je n’ai pas couru pour me mettre à l’abri. Pourtant, j’ai ressenti l’effroi. J’ai tremblé à l’écoute de ce scenario de l’horreur. J’ai prié en prenant des nouvelles de mes proches. J’ai pleuré en chantant la Marseillaise. Et pour la première fois de ma vie d’adulte, je l’ai chantée en entier, prononçant cette phrase ensanglantée d’impuretés que je feignais d’oublier habituellement. J’étais tellement en colère que soudain notre hymne violent prenait tout son sens. Et comme un mécanisme de défense, je le chantais, la voix tremblante. Je suis fille unique. Pourtant ce vendredi 13, j’ai perdu des frères et des sœurs. Leurs visages sont devenus reconnaissables. Leurs noms, familiers. J’avais beau être loin. J’étais tout près. Et ça m’a rappelé que ceux qui restent, nous, vous, ils ; on a la chance d’avoir deux vies.

« On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une. » En ces temps difficiles, cette phrase me donne de la force. Elle est si importante qu’il faut se la répéter jusqu’à l’avoir parfaitement intégrée. Elle est de Confucius selon top-citations.com. Mais à vrai dire, peu importe qui l’a écrite. C’est une vérité brute qui prend vie quand la mort se dessine ; quand on se rend compte que rien n’est acquis ; rien, pas même demain. Elle reflète toute la violence d’une prise de conscience, qui s’accompagne souvent d’un arrêt sur image de notre quotidien si chargé (mais pourquoi je me force, ça me plait pas ?) ; d’un brin de recul face à nos petits malheurs (mais c’est pas grave ça en fait) ; d’un peu de distance avec l’urgence (je ne suis pas dispo, on voit ça demain ?) ; d’une reconnaissance infinie pour ce qui est toujours (merci, merci et merci) ; d’une douleur profonde pour ce qui n’est plus (je vais te faire honneur, promis) ; et d’un émerveillement nouveau pour le détail (je n’avais jamais remarqué ça avant, c’est magnifique). Le futur qui se dessine est alors un peu flou. Mais les lunettes de la deuxième vie aident à y voir plus clair, aident à comprendre ce(ux) qui compte(nt) vraiment, aident à dessiner ce nouveau tournant.

Ça fait trois ans que j’ai réalisé qu’on avait la chance d’avoir deux vies. Et pour ça, il a fallu que la personne que j’aime le plus au monde disparaisse. Ça prend du temps de se reconstruire. Mais aujourd’hui je le sais, cette épreuve m’a rendue plus forte que jamais, et j’ai fait de mes rêves ma réalité. Littéralement. Comme pour vivre doublement plus. Comme pour prendre ma revanche sur le destin, parce que nos morts, eux, n’ont pas eu le temps de vivre le leur. Avec du recul, même si elle a commencé dans la souffrance, ma deuxième vie est bien plus savoureuse, plus épanouie, plus riche, plus généreuse, plus belle que la première, finalement. Juste parce que je la regarde différemment. Ça change tout, ce regard qu’on porte aux choses. Tout. Je vois le verre plein quand certains le voient vide. Je vois la réussite quand d’autres voient l’échec. Je vois le courage quand on évoque le risque. Et je pousse tous ceux qui veulent sortir de leurs gonds, de leur routine, de leur zone de confort, à le faire. Parce qu’on se sent tellement vivant quand on va au bout de ses envies. Alors depuis trois ans, j’essaie d’éveiller les consciences de mon entourage. J’essaie de les inciter à accomplir leur rêve à eux. Et pas celui de la société. Parce que oui, tout est possible. Et non, il n’est pas trop tard pour devenir ce qu’on veut être. Tout comme il n’est pas trop tard pour réaliser que notre deuxième vie commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une…

Force, courage, sagesse et Mos Def.
Meriem

 

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