Ma boîte à New York

Ma boîte à New York

Boite

Aujourd’hui, j’ai ouvert ma boîte à New York. C’est une jolie boîte en carton avec un tiroir coulissant, sur laquelle j’ai mis plein d’autocollants. Elle contient des souvenirs de mes années New York. Bien moins que ma tête. Bien moins que ce blog. Mais pas mal tout de même. Quand j’ouvre le tiroir, tous les papiers qui y sont jaillissent hors de la boîte. Faut dire qu’elle est blindée. J’me souviens alors l’avoir tassée et fermée avec difficulté la dernière fois. Un peu comme quand ta pote s’assoit sur ta valise pleine d’achats compulsifs new-yorkais pendant que tu tires la fermeture de toutes tes forces. Boîte ouverte, papiers étalés. Le premier truc qui attire mon regard est le billet pour les MTV Video Music Awards 2009. Ceux où Kanye avait interrompu Taylor Swift. Dans la salle, du haut de mon siège mal placé j’observais la scène pendant que les gens arrêtaient de respirer. On a cru à un gag, un truc scripté, on a fait bouhhhhh de toutes nos forces ; puis la cérémonie a continué comme si de rien n’était. Kanye, une bouteille et Amber Rose à la main, s’était faufilé avant la fin. Ce n’est qu’en rallumant mon portable à la sortie du Radio City Music Hall, que j’ai réalisé que j’avais assisté à un épisode pop culture qui deviendrait culte pour les années à venir. Hashtag Imma let you finish but Beyoncé.

Dans ma boîte je repère aussi un bout de carton avec un visage de Bob Marley. J’adore ce mec. J’adore sa musique. Et s’il n’en restait qu’un, ce serait celui là. J’en rajoute un peu, mais ses chansons sont la B.O de mon enfance. Une légende familiale raconte même que petite, je ne dansais que sur ses mélodies. Dès qu’on mettait un autre chanteur, je m’asseyais. Alors ce dimanche matin à Williamsburg, ça a été facile pour ce street artiste de me vendre son dessin de Bob fait au pochoir. A la maison, j’ai dû en découper quelques centimètres pour le faire rentrer dans un cadre. Et ce petit bout de Marley en trop, il a fini dans ma boîte à New York. Le revoilà qui me fait de l’œil, des années plus tard. Je souris.

La boîte contient aussi mon vieux plan de métro. Celui que j’ai reçu en 2007 au guichet MTA de Port Authority lors de mon premier week-end new-yorkais. Ce plan m’avait déstabilisé un instant, voyant le nombre de lignes qui desservaient la ville. Mais la Parisienne en moi s’était démener les méninges pour aller d’un point A à un point B sans encombre. Je ne savais alors pas encore que New York deviendrait ma deuxième maison. Mais le coup de foudre était bel et bien là.

Et puis il y a ce vieux CD ‘Dollarmentary’, l’œuvre d’un rappeur de rue. Je me rappelle encore naïvement comment un après-midi près de Macy’s, un mec m’avait abordé en me demandant si j’aimais le rap. Bah oui. Et là il me vend son album, me dit d’écouter, qu’il va freestyler pour moi etc. En fait j’étais tellement portée par la magie de l’instant, émerveillée par l’originalité de ce que je vivais, que j’ai donné cinq dollars au gars sans me poser de question. Ça n’était pas assez mais il m’a quand même filé son CD. Par contre, je ne l’ai jamais écouté. Comme si le souvenir suffisait. Et pour ceux qui ont vu la série Mr. Robot, peut être ai-je bien fait, non ?!

Quelques tickets de concerts ont survécu à la poubelle pour finir dans la boîte, notamment ceux d’Alicia Keys au Joe’s Pub, Lauryn Hill au Blue Note ou les Boyz II Men au BB King Club. Il y a aussi des photos, prises avec des amis de passage : des minis photo-stickers, faites dans un photomaton japonais de Bedford Avenue ; une planche de trois photos prises au Lakeside Lounge ; quelques clichés polaroïds aussi, dont les couleurs fanent un brin. Ma carte d’étudiante NYU, ma carte de bibliothèque de Brooklyn, ainsi que des cartes d’accréditation journalistique, des pass pour des conférences et autres bouts de carton avec ma tronche collée dessus. En fait y’a une tonne de bouts de carton. New York a la culture des cartes. On les échange en un clin d’œil, à la première rencontre, au premier hello, au premier handshake. Du coup j’en ai plein, plein, plein. Je mets la main sur la carte du commercial B&H qui m’a vendu mon appareil photo, celle de Carolina qui me faisait si bien les ongles, celle du sublime restaurant jamaïcain Spur Tree vers Chinatown, du restaurant japonais Gen à Brooklyn, ou encore celui d’Arcan, une perle de resto antillais à Alphabet City. Il y a des cartes de chez Universal, Warner, Sony, BET, MTV, NBCU, TWC et autres compagnies aux initiales diverses. Il y a aussi à peu près toutes celles de l’équipe du service culturel de l’Ambassade de France, et plein de cartes d’attachés de presse ou de managers d’artistes. Je retrouve au passage ma propre carte : « Journalist / Producer. 540 Broadway, New York » Avec le turn over propre à New York, trois quart de ces cartes sont probablement obsolètes. La mienne en tout cas, c’est sûr.

Ouvrir cette boîte aujourd’hui n’est ni un clin d’œil au passé, ni une bribe de nostalgie dominicale. C’est juste qu’au milieu de ces cartes, j’y range à chaque fois mes adaptateurs pour prise américaine, histoire de pas les perdre. Un bon truc à avoir sous la main pour éviter les pannes de batterie. Et comme je file à New York dans quelques heures et que mon ordi est bientôt plat, j’en ai besoin ! J’installe mes valises pour un temps à Harlem, à la découverte d’une partie de Manhattan que je connais mal. Histoire de remplir ma boîte avec de nouveaux souvenirs, et galérer un peu plus à la fermer à mon retour…

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5 réflexions sur “Ma boîte à New York

  1. Rien de mieux que de retomber sur des souvenirs de ce genre, un bout de papier difforme, un petit goodie sorti de nulle part dont seul toi connait la signification. Des madeleines de Proust portatives qui te relient directement à un moment précis de ta vie, quelque chose que l’on ne pourra jamais t’enlever. Profite bien de ton séjour, en espérant avoir un petit article sur Harlem à ton retour, un coin de NY qui est bien trop souvent mal jugé (à tord !).

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  2. Evidemment, j’adore!
    J’étais très boite à souvenirs, de moins en moins maintenant. Mes souvenirs sont ceux que j’écris maintenant. Mais je garde toujours certains petits trucs qui ne servent à rien et qui rappellent tant de choses, mon premier ticket de ciné, la bouchon d’une bouteille de vin ouverte le soir de ma crémaillère dans l’UWS, ma Metrocard avec cette publicité pourrie dessus…
    Que de souvenirs!
    Très bon séjour à Harlem s’il n’est pas déjà terminé!
    Alex

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