Mon premier Red Bull BC One à New York

Mon premier Red Bull BC One à New York

Damn, ça faisait bien longtemps que le break m’avait pas fait d’effet. Les coupoles et freezes, pass pass et casquettes à l’envers, j’ai décroché. Enfin, ça, c’était avant que je vois un BC One en direct. Le concept ? Un battle international qui réunit les 16 meilleurs B-boys de la planète. Ils s’affrontent en 1 à 1 devant un jury de 5 danseurs mythiques. Et autour, y’a une foule de gros fanatiques qui crient dans tous les sens. Après Biel, Berlin, Sao Paulo Johannesburg et Paris, c’est au tour de New York, ville emblématique du break, d’accueillir l’événement. Et quel événement ! Un bon show hip hop sans trop d’artifices avec la crème de la danse, et des bonnes grosses figures du mouvement : KRS One (old school mais incontournable) et Talib Kweli (très respecté mais un peu spé). On n’est pas dans le mainstream, on est vraiment au cœur du truc, et ça fait du bien. En plus, les Français ont fait une sacrée impression ! Reprezent !

Dimanche dernier, je t’ai pas raconté parce que c’était tout naze, mais j’ai filé dans le Bronx pour fêter l’anniversaire du hip hop. Le musée du coin organisait un combo expo+conférence pour l’occasion, car Novembre comme tu le sais peut être, c’est le mois anniversaire de la culture hip hop. Résultat je me pointe là-bas, 167e rue, pour finalement trouver une expo de bouts de ficelles, un ticket de concert par-ci, une photo par-là, une bombe de peinture encadrée. Non sérieux ? Tu penses bien que j’suis pas restée à la conférence. Les 3 darons old school qui y étaient m’ont juste donné envie de repartir à Brooklyn. J’suis vraiment sortie dégoûtée, genre « c’est ça l’hommage de la maman du hip hop à son enfant ? Bah putain, ça craint. » Les mecs sont toujours en train de surfer sur un passé glorieux sans considérer ce qui se fait aujourd’hui. Ça va ! j’ai donné. Sans moi.

Heureusement, RedcBull, (la boisson que je n’ai jamais osé boire par peur des représailles sur ma santé), m’a donné des ailes mercredi soir avec son événement de B-boys. J’en avais entendu parler, j’avais vu des images, mais j’avais jamais expérimenté le truc. Bah c’est intense ! Et pour sa première fois aux States, les places pour le BC One se sont vendues en 1h, petite salle oblige, histoire de garder le côté intime du battle. Les danseurs venaient du monde entier, (tout comme le public) très jeunes pour la plupart, genre 17 ans et déjà mondialement connus. Damn, je me sens vielle d’un coup. A 17 ans j’avais les cheveux gras, je mettais des jeans 501 et des Nike Air (Pas Air Max, juste Air) et j’hésitais entre une Première L ou ES. C’était un autre dilemme que le leur… Côté B-boys, 2 Frenchy représentaient : Punisher, un métalleux d’Annecy, converti au break qui n’a pas une once de hip hop dans le sang, mais qui fait des figures comme personne ; et Lilou, petit gabarit asthmatique Lyonnais d’origine Algérienne qui met du Lacoste et défonce tout sur son passage avec son attitude et ses jeux de jambes (et de pieds, de mains, d’épaules, de hanches, bref !). J’avais bien hâte de les voir. Plus particulièrement de les voir gagner. Histoire de prouver aux Cainris que les Français ne savent pas faire que du pain, du vin et du Boursin. Hey les mecs, on fait du break aussi, ok ?

7h45 : La salle se remplit super vite, ça sent (pue ?) le clou de girofle, la clim me rend ouf et le groupe d’ados du Queens à côté de moi me chauffe la tête. Le premier gars qui prend la parole sur scène m’est totalement inconnu, mais comme il porte un ensemble en jean qui fait bleu de travail horrible bah j’tenais quand même à le mentionner. Il fait un shout out à tous les pays du monde et quand il demande qui ne vient pas de New York, toute la salle crie. Ok, on est vraiment face à des passionnés qui ont fait le déplacement exprès. Puis KRS entre en scène. C’est lui qui présentera le show. Il est massif le mec. Encore une fois, une styliste n’aurait pas été de trop. Il a un jean avec une bonne coupe bien dégueu et un tee-shirt artisanal, on dirait qu’il l’a fait lui-même. Le message (I am HIP HOP) est sympathique donc je ne m’acharnerai pas trop sur lui. Bref. Les juges font leur entrée. Chapeau bas, c’est que des mecs qui pèsent grave. En gros, juste avec leur démo, j’aurai pu rentrer chez moi contente. Coup de cœur pour Salah, un autre Frenchy qui maîtrise de ouf et qui a mis les States à ses pieds avec une mini-prestation bien originale. A 8h05, je réalise que je suis déjà à fond dans le show, avec presque plus de voix. Bon public la Travelin’ Girl !

8h15, les B-boys déboulent sur scène. Encore une fois, je m’étonne de voir leurs têtes de lycéens, à un niveau de compétition si élevé. Et faut le dire, les mecs n’ont tellement pas l’air de breakeur. A croire que le B-boy des années 2000 n’a plus rien de celui des années 90. Le style skateur grungy est de rigueur. Le gros jogging/hoodie/Superstars est manifestement out. Revêt désormais un jean slim, des pompes de skate, un sous-pull marron et ça fera l’affaire. Anyway. La première vague de battles commence. Un contre un. 5 votes, celui qui est éliminé sort. Il n’en reste que 8 assez rapidement. Le niveau est déjà là, mais on en veut plus ! Déception pour notre Frenchy Punisher. Il n’a pas réussi à impressionner assez. Pourtant, ses figures m’ont fait mal à la tête, j’essaie encore de comprendre comment rationnellement, ce qu’il a fait est possible mais bon, je m’en remettrais. Ce qui compte lors du battle, c’est plus le style, le charisme, la repartie et la musicalité que la technique. Elle doit être irréprochable, certes, mais si tu n’as que ça, ça ne suffira pas. Dès le début par contre, Lilou nous fait bien rire : mimique, mime, sourire, attitude, le gars a tout pour lui et rend chaque passage unique. D’ailleurs, je me souviens plus de ses jeux d’acteur que de ses figures. Pendant la pause, Red Bull n’a rien trouvé de mieux que de nous servir des sauteuses à la corde en entracte. À côté de nos breakeur toniques, les meufs aux jambes flasques et aux baskets bling bling me font bailler. Elles sautent à la corde quoi. Pffff vas y là, enchaîne ! Les breakeurs, ramène les breakeurs cousine !

Moi je suis à fond pour le p’tit Lilou. Et puis les autres, même s’ils sont bons, mon objectivité est faussée so… Non, en fait celui qui m’a mis la pression c’est Cloud aussi. C’est un Cainri. Grosse pointure, il danse avec la crème des artistes. Madonna pour n’en citer qu’une. Je l’ai vu manger ses adversaires en me disant que le mec avait trop de style. Doux, posé, il fait glisser ses pieds délicatement. Je crois qu’il pourrait danser sans faire aucun bruit. Mais il est grand, et j’ai l’impression qu’être grand en break c’est un inconvénient. Résultat le petit Lilou se faufile partout, faisant, entre deux coups de ventoline, sortir ses adversaires, les doigts dans le nez (pendant que j’y pense, conseil, ne traduis jamais cette expression en anglais. Une fois j’ai sorti « Finger in the nose » croyant que c’était une expression internationale, j’ai fait un bide, on m’a regardé chelou). Quatorze breakeurs se sont faits sortir, il est déjà 22h. Avant la finale, on nous fait deux p’tits cadeaux. Le Rock Steady Crew et Talib Kweli. Sympa quand même ! Pourtant, les darons du break m’ont pas fait kiffer. Normal, à plus de 40 ans, ton gras du bide t’empêche de faire pas mal de mouvements. Et puis j’avais l’impression que leur prestation était au ralenti. C’est dur de passer après de petites boules de nerfs de 17 ans qui te placent 50 mouvements en 30 secondes. Bref. Je respecte. Mais je kiffe pas quoi. Quant à Kweli, bon, il surfe un peu sur ses 2 tubes interplanétaires mais ça fait quand même plaisir. Un p’tit « Get By » et un p’tit Say My Name « Kweliii » avec Hi-Tek, comme ça, pour te divertir entre 2 coupoles, c’est cool. Mais qui l’eut cru, j’étais pressée que Talib bounce de la scène pour voir la finale. Parce qu’ils n’en restaient que 2. Les meilleurs ! Cloud vs Lilou. Pour moi Lilou allait se faire sortir. En plus il est en terre Cainri et son tee-shirt « I’m Muslim Don’t Panik » ne faisait pas de lui un favori. Pourtant, après quelques acrobaties, étalage sur le sol, pass pass, salto et autres mouvements inhumains, Lilou m’a tué (littéralement ! Je ne respirais plus) et a mis les juges dans sa poche. Enfin pas tous. Juste assez pour remporter la ceinture quoi. Et franchement j’y croyais pas jusqu’à la dernière minute. C’est Ronnie, juge Américain qui a fait la différence et qui a voté contre son compatriote Cloud pour faire du notre un champion ! Aller hop, drapeau Algérien en haut (Même si Lilou représentait la France, il a fait dessiner le drapeau algérien à la place du drapeau français sur les panneaux de vote). ÉNORME ! C’est le premier à remporter 2 fois ce prix. Moi, va comprendre, j’suis fière. Parce qu’il est français aux origines couscousiennes comme moi, parce que c’est un jeune qui a transformé son énergie en rage de réussir, parce que comme dans la série des années 90 sur TF1, il va « toujours plus haut, plus fort, plus vite, jusqu’au bout de l’extrêêême limite…». Et ça a le mérite d’inspirer. Pour la petite histoire, le gars a péta la première ceinture ! J’t’explique, la ceinture que tu gagnes au BC One, tu la prends, tu fais des photos, tu kiffes, puis tu dois la rendre. Mais lui ne l’a jamais rendue, utilisant une excuse qu’on a tous sortie un jour. « Mais madame, j’l’ai amenée au bled et depuis j’la retrouve plus. » Autant te dire que celle-là non plus ils risquent de ne pas la revoir.

La morale de l’histoire ? Je sais pas tellement par ou commencer parce que ce battle était pleins d’émotions. Et ce petit bout d’mec, qui n’est pourtant pas vraiment reconnu en France s’est fait standing ovationner avec son « I’m Muslim Don’t Panik » écris sur le torse en terre Américaine. Les meufs en talons voulaient toutes être prises en photo avec lui (Leeluuuuwwww), la presse l’a alpaguée de partout et Martha Cooper a fait son portrait. Pourtant, tu lui donnais pas trois minutes en le voyant. Petit, limite bossu, binoclard, chaussettes remontées aux genoux et Gazelles grises défoncées, il avait l’air de tout sauf d’un B-boy. Et regarde où il en est. Certes, c’est qu’un Red Bull BC One mais y’a pas grand-chose au-dessus en matière de break. Bravo ! Moi j’ai officiellement kiffé. Aller hop, pour conclure, on crie Lilou Président ! Son nom est à retenir…

Press play pour avoir une idée du niveau. PS, Lilou, c’est le p’tit reubeu à lunette et Cloud c’est le skateur aux cheveux longs avec un pantalon beige et casquette…

PS, les photo de l’articles ne sont pas les miennes exept celle de Kweli… Celles de Red Bull étaient plus belles ! Mais voici les miennes pour le kiffe ! Enjoy…

[Répétitions avant le show]

[Cercle des B-boys]

[B-boy Morris – USA – Yummiiii]

[Rock Steady Crew]

[Hi-Tek et Talib Kweli]

[Lilouuuuuu]

[Martha Cooper]

[KRS One et Lilou après le battle]

Publicités

8 réflexions sur “Mon premier Red Bull BC One à New York

  1. Alors petites précisions: Lilou fait partie du crew Pokémon, qui a entre autre gagné le Battle of the Year (championnat du monde par équipe) et maque le break français avec Wanted Posse depuis environ 10 ans.
    Il est beaucoup plus vieux que ce que laissent penser les apparences, il est sponsorisé par LSA (la marque de Médine qui fait les tees « Dont Panik ») et il est ultra respecté au niveau national et international, notamment parce qu’il a déjà remporté le BC One (de Berlin si ma mémoire est bonne).
    D’ailleurs petite anecdote: à l’époque, Red Bull donnait une ceinture de boxeur au gagnant, et Lilou a refusé de la rendre l’année suivante donc il était en beef avec l’organisation. Et jme souviens d’une discussion où il nous disait « S’ils la veulent, qu’ils viennent la récupérer à Lyon, moi jla rendrai jamais! »
    Cloud, cainri qui ressemble vaguement à Carasso, breakait déjà en chemise en jeans col relevé + slim quand je me brisais encore les coudes en vrille, et Salah (de Vagabond Crew) a remporté le Battle of the Year lui aussi, le Juste Debout en catégorie Poppin et l’émission Incroyable Talent sur M6 (pas très glamour mais bon, 100k euros quand même)

    J'aime

  2. Merci pour les infos, je dis en effet que Lilou (25 ans – d’ailleurs quand je dis petit, c’est pour sa taille, pas son âge!-) n’a pas rendu la ceinture. Et il ne rendra pas celle-ci non plus selon moi.
    L’ambiance du BC One était géniale. A priori bien mieux qu’à Paris l’année dernière.

    J'aime

  3. Waouw .. génial ton billet.. ça c’est de l’info !
    même si les quelques compléments d’info ci dessus sont les bienvenues..
    bravo..
    j’y était presque ;;
    Et je suis vachement inspiré pour faire un petit billet
    The world shoul know ! !!!
    (je citerai et linkerai mes source)
    vive lilou, les pokémons
    ET Vive la FRANGéRIE
    LE BREACK , LE HIP HOP !

    YO

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s